L'histoire du pissenlit... épilogue

Publié le par Tane

L'histoire du pissenlit... épilogue

Il faut avouer qu'on n'a pas réagi tout de suite après l'histoire de la mairie et des mauvaises  herbes (enfin si, on a réagi, mais pas comme ils l'espéraient : on a juste pétounné). 

 

Et puis un soir, fumant ma clope sur le balcon, j'aperçois le voisin de derrière, à qui on n'a jamais vraiment parlé, en train de tailler (oui, oui, il fallait sortir le sécateur vu l'épaisseur des tiges) les mauvaises herbes. Rouge de honte, je vais le remercier en bafouillant qu'on est désolé, qu'on s'est laissé submerger, qu'avec le bébé c'est pas facile, etc.

Du coup, pour le remercier vraiment, on a sorti l'arme fatale de Petit Pou : un fondant au chocolat tout chaud, posé devant sa porte, avec un petit mot et un dessin de Petit Pou. Et après 4h de désherbage, chez nous c'est plus la jungle.

 

Ça aurait pu être la fin de l'histoire mais non.

 

Un mois plus tard, on sonne à la porte un soir. C'est la femme du voisin. Elle amène des jouets pour les enfants pour les remercier du gâteau et du dessin.

 

C'est marrant, comme les voisins peuvent être de parfaits inconnus pendant longtemps. La plupart du temps, on n'a aucune raison de se parler.

 

Mon premier appart', par hasard, mon voisin de dessous était un gars qui avait essayé un an auparavant, dans la rue, de me vendre un abonnement à un magazine. On était devenu copains jusqu'à ce que je le trouve lourd et que je coupe les ponts. Par un coup du sort, dans cette grande ville, nous voilà voisins. Et ça a été presque comme une coloc'. Il y avait 2 autres personnes dans l'immeuble : un vieux monsieur handicapé et solitaire qui vivait au dernier étage et ne sortait qu'une fois par semaine faire ses courses à l'épicerie du coin de la rue (mais pas plus loin, hein). Et un monsieur de la quarantaine, probablement schizophrène, qui passait de temps en temps se ravitailler (t'as pas des pâtes stp ?) et dont on a surtout croisé régulièrement l'assistante sociale. En peu de temps, on passait indifféremment de l'appart du dessous au mien, les fêtes étaient communes, les potes aussi. C'était devenu une grande maison familiale avec 2 oncles éloignés un peu chelous avec qui on évite un peu les rapports.

 

Dans le foyer travailleurs en Savoie, on avait tous à peu près le même âge, on bossait tous comme des dingues la journée, on faisait tous la fête tous les soirs. Tout le monde se connaissait au moins de vue, on se croisait à la laverie chaque semaine. Certains collègues devenaient des amis et il y avait toujours au moins 6 personnes dans un studio pour la soirée. On toquait aux portes, on braillait "apéroooooo" dans les couloirs (cri de ralliement de début de soirée). Il y avait le gendarme qui sortait en claquettes et caleçon pour tenter de faire régner un peu d'ordre. Il y avait les gendarmes d'en face. Un soir qu'on braillait les enfants de Cayenne, fenêtre ouverte pour cause de studio enfumé, ils ont toqué : "C'est vous les enfants de Cayenne ? Bah nous c'est les condés, alors si vous pouviez chanter un peu moins fort, s'il vous plait..." A l'heure du goûter, ça sentait la raclette dans les couloirs, les planches s'égouttaient tranquillement dans les baignoires, nos 5m carré de balcon étaient entièrement recouverts de bouteilles de Leffe vides et les petits mots (qui souvent se résumaient à "apéroooo !!!") se glissaient sous les portes. 

 

Dans notre tout premier vrai appart', dans un immeuble assez grand, comme dirait le chanteur "ah putain c'qu'il est blême, mon HLM", on a passé 6 mois sans connaître personne. Et puis un jour, on a sonné à la porte. C'était la voisine d'à-côté. Pour nous prévenir que son caniche avait chargé notre chat qui se promenait sur son balcon, lequel chat avait gracieusement chu du 3ème étage. Elle est venu avec nous fouiller les buissons alentours. On a retrouvé le chat (saint et sauf, le Compte de Surrey ne peut mourir que décapité). Après, on se disait bonjour. Il y avait aussi quelqu'un qui laissait des petits mots dans l'ascenseur pour se plaindre de tel ou tel problème. On s'en foutait, nous on prenait l'escalier. 

 

Dans notre deuxième appart', on avait juste une voisine en dessous. Une petite jeune (elle avait 18 ans et nous au moins 22 !!). En 3 ans, on a dû la croiser 3 fois. On l'entendait pas, on la voyait pas. Par contre, quand on partait en vacances, que ce soit elle ou nous, on laissait un petit mot dans la boîte aux lettres pour prévenir que la porte commune en bas de l'immeuble était exceptionnellement fermée à clés. C'est comme ça qu'en rentrant de vacances, un premier janvier vers 1h du mat' (donc un 2 janvier pour les tatillons), on s'est retrouvé enfermé dehors avec nos 2 chats après 8h de route. On n'avait pas les clés de la porte d'en bas. On avait celles de la boîte aux lettres par contre : une jolie carte de vœux de la voisine, pour nous prévenir au passage qu'elle était partie pour la semaine. Et on ne connaissait pas d'autres voisins, à part la vieille dame du bout de la rue qui était tellement fan de notre chatte qu'un jour elle nous avait laissé 10kg de litière dans l'entrée. Mais elle ne parlait qu'allemand, alors on n'a jamais beaucoup discuté, et c'est pas elle qu'on aurait réveillée à cette heure-là... Il y avait aussi la voisine d'en face, véritable syndrome de Diogène, qui ne s'était pas rendu compte qu'elle séquestrait notre chat. Ça nous a pris 4 jours pour comprendre d'où venait les miaulements. Il y avait les nouveaux voisins d'à-côté. Un enfant de 4 ans qui hurle et qui pleure. Des bruits de coup. Mon premier appel à la police. Les policiers qui viennent me faire la morale "vous savez, ces gens-là, c'est des gitans, si on leur dit quelque chose, ils sortent la machette, alors on peut rien faire. Faut pas nous appeler pour ça !". Et les hurlements qui redoublent dès que les policiers sont partis, le père qui hurle sur son gamin, et moi qui culpabilise comme une folle, dans un coin de l'appart aux murs si fins, de lui avoir fait prendre une deuxième volée. 

 

Notre première maison, juste à côté de celle des proprios, on les connaissait avant d'emménager. On s'entendait bien. Ils sont devenus un peu comme des grands parents de cœur. On se croisait régulièrement. On taillait le bout de gras. On se rendait de menus services. C'était un peu comme de vivre en famille, chaque génération ayant quelque chose à apporter à l'autre. On les voit toujours !

 

Notre deuxième maison, l'actuelle. Les voisins d'à-côté, une famille recomposée avec deux enfants sont sympas. On ne se parle pas nécessairement mais on sort les poubelles les uns des autres. Et puis un jour, notre fille au pair, L., se retrouve enfermée dehors avec Petit Pou. Du coup, elle rencontre les voisins : ceux d'en face pour téléphoner, ceux d'à-côté qui lui proposent d'attendre au chaud que je puisse rentrer... Alors on leur fait un gâteau pour les remercier. La voisine d'à-côté a parfois besoin de discuter, on la croise - par hasard ? - et elle se met à nous raconter son veuvage, sa chimio, la fois où elle a pas vu que 3 chatons s'étaient mis dans la machine à laver et qu'ils sont morts (proprement). On se laisse nos clés quand on part en vacances, au cas où. Ces voisins-là ont déménagé, et on en a eu des nouveaux, un vieux couple avec des enfants et des petits-enfants qui viennent les voir régulièrement. La tradition des poubelles perdure mais c'est à peine s'ils nous disent bonjour. Et puis un jour, les groseilliers débordent, on en dépose une boîte devant leur porte. Un autre jour, on retrouve une boîte de tomates sur notre balcon. Alors on dépose un gâteau devant leur porte. Pas de bol, ils étaient en vacances à ce moment-là, alors ils ont dû trouver un truc poilu emballé dans de l'alu en rentrant. Maintenant, on se dit bonjour. Quand ils reçoivent des enfants, ils savent qu'ils peuvent squatter le portique du jardin...

 

Alors non, on ne sait pas quand c'est la fête des voisins. Mais on sait que finalement, c'est peut-être pas si difficile de rencontrer d'autres gens, de ne pas vivre entouré d'inconnus dont on n'a rien à faire et qui n'en ont rien à faire de nous. Qu'en gros, ils sont un peu comme nous. 

Bref, on a eu plein de voisins différents, mais une constante : le premier pas est toujours suivi par d'autres. Les emmerdes sont souvent une bonne occasion de créer du lien. Les gâteaux sont un puissant catalyseur de bon voisinage. Et puis, les voisins, c'est un truc qu'on aura toujours, toute notre vie... et ça peut être foireux ou très sympa !

Publié dans Pensée

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