Prière

Publié le par Tane

Prière

De plus en plus souvent, à la fin de mes visites, je propose aux personnes de prier ensemble. D'abord une prière issue de mon petit carnet, qui reprend l'un ou l'autre élément de l'entretien et le place devant Dieu. Puis le Notre Père.

Ce moment, je le trouve très important et pourtant je l'appréhende.

Parce que bien souvent, ces personnes qui m'ont parlé, les yeux bien secs, de la guerre, de leur amour perdu, de leurs enfants partis avant eux, de la maladie, des blessures ordinaires et extraordinaires de la vie... bien souvent, ces personnes murmurent le Notre Père du bout des lèvres. Et ne parviennent pas au bout de la prière. Elles fondent en larmes avant.

 

C'est vrai autant pour les femmes que pour les hommes. Cela peut arriver aussi bien chez les jeunes que chez les personnes âgées. Tous égaux devant l'émotion du Notre Père.

 

D'un côté, je trouve ça merveilleux. Pendant tout l'entretien, les personnes étaient authentiques, et si elles ne pleuraient pas, c'est probablement parce que sur le moment, il n'y en avait pas besoin. Elles étaient bien, là, à raconter leur histoire à quelqu'un. Et puis, elles se mettent à prier, une prière familière, une qui les a probablement accompagnées tout au long de leur vie, y compris dans ces moments qu'elles m'ont confiées. Et c'est à Dieu qu'elles parlent alors. Et quelque chose change. Elles ne sont plus Madame ou Monsieur Untel qui raconte à Machine une histoire à un instant T. Elles sont à la fois passé, présent, avenir, toutes entières placées devant Dieu pour se remettre dans ses mains et lui dire le besoin qu'elles ont de lui, depuis toujours et pour toujours. 

Je me sens presque intruse dans cette intimité dévoilée entre Dieu et ses enfants.

D'un autre côté, j'appréhende toujours ce moment. Je suis le tiers qui a placé les personnes dans les conditions pour cette rencontre, qui l'ait provoquée. Et quand ça arrive, j'aimerais juste m'éclipser et laisser toute la place à Dieu. Alors je ne dis plus rien, jusqu'à ce qu'elles reprennent la parole. Pendant ce temps, je prie pour remercier Dieu du petit miracle auquel je viens d'assister, et je lui dis que moi je vais partir bientôt, mais que je suis sûre que lui va rester là encore un petit moment... 

Après quelques paroles de transition, je m'éclipse effectivement. 

Je monte en voiture, ou sur le vélo. Je chante un cantique. Et je me dis : "ah, tu as encore fait pleurer tes paroissiens". Puis bien souvent, je verse une petite larme moi aussi, en revivant l'intensité du moment. Je prie de nouveau le Notre Père, toute seule, parce que moi aussi j'ai besoin de Dieu. Qu'il me fasse voir le côté merveilleux plutôt que le côté dérangeant, qu'il me donne le courage de recommencer s'il pense qu'en faisant ça, je le sers, lui et son Royaume. 

Bien souvent, au fil des visites, l'effet larmes s'estompe. Pourtant, il reste là une rare intensité, une communion palpable...

Je pense à l'avenir, quand je serai juste une paroissienne aux cheveux tous blancs qui recevra la visite d'un tout jeune pasteur, et j'espère qu'il me proposera de prier le Notre Père avec lui. 

 

Publié dans Vie pastorale

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