Il est trop petit...

Publié le par Tane

Il est trop petit...

Zachée était trop petit pour voir Jésus, alors il est monté sur un arbre...

Préparation d'enterrement. Le défunt avait plusieurs arrières-petits-enfants. Je demande combien seront là, pour prévoir le nombre de feuilles de culte. Et on me dit : presque tous, sauf celui-ci qui n'a que 2 ans. 

"Oui, il sait que son papi est mort, mais il est trop petit pour aller à l'enterrement, et puis, on ne peut pas vraiment lui expliquer, on lui a juste dit qu'il ne verrait plus son papi qui est dans le ciel".

 

Sur le moment, je suis un peu étonnée. J'imagine ce petit bonhomme, devenu ado, qui demande à ses parents ce qui s'est passé à la mort de son grand-père. 

J'imagine qu'il se demandera pourquoi, à 2 ans, on avait pensé qu'il était trop petit pour dire au revoir à son grand-père, alors qu'on lui demande en permanence d'être poli avec des inconnus.

 

Et puis je pense à mon fils, qui avait 18 mois quand on a perdu un ami très proche. J'essaie de me souvenir de ce qu'on lui a dit. Lui, il ne l'avait vu qu'une fois, mais on lui a expliqué que nous risquions d'être tristes pendant quelques temps, parce que notre ami était mort et qu'on ne le verrait plus. Que pour tous ceux qui l'aimaient, ce serait dur à vivre, cette séparation. Qu'être mort, ça voulait différentes choses selon les gens et ce qu'ils croient. Que pour papa, c'était ne plus exister sauf dans les souvenirs et dans le coeur de nos proches. Que pour maman, c'était vivre différemment, dans le coeur de Dieu et dans le lien d'amour qui unit tous les hommes. Que la personne partie, on pouvait continuer à penser à elle, à en parler et qu'elle ne sera pas fâchée si on vit notre vie et qu'on est heureux.

 

Nous, on a pensé pouvoir dire tout ça à un enfant de moins de 2 ans. On ne sait pas ce qu'il en a compris, mais ça nous paraissait important d'essayer de mettre des mots sur tout ça.

Au final, je ne sais pas si on a eu raison ou tort. Difficile de juger.

Et puis, on ne l'a pas emmené à l'enterrement. Parce que c'était à 800 km de là, ce qui fait beaucoup de route en 2 jours pour un enfant en bas-âge, qu'une cérémonie d'une heure où on est tellement nombreux qu'on reste debout, avec une centaine d'adultes qui pleurent, c'est vrai que ça aurait pu le déstabiliser un peu.

Pourtant, au fond de moi, je pense que si ça s'était passé près de chez nous, il aurait été là, même en imaginant qu'il ne serait pas resté toute l'heure. Il aurait perçu les choses à sa façon, il aurait fallu qu'on soit attentifs à ses ressentis et à ses limites. Mais ça me paraît important qu'il puisse dire au revoir et qu'il ne soit pas exclu, sous prétexte qu'il est petit. 

 

Ce sont les petits, les enfants, qui nous montrent le chemin de la grâce, de la confiance, de l'authenticité.

Alors, emmener des tous petits aux enterrements, même si ça fait du bruit, même s'ils ne restent pas là tout du long, ça me paraît important : pour eux, pour qu'ils sachent qu'ils font partie d'une histoire, d'une famille, d'une communauté, avec ses moments de joie et de tristesse ; pour nous adultes, pour entrevoir une étincelle de vie et de la spontanéité même dans les moments de chagrin et de solennité. 

Cela dit, je ne sais pas si, à la prochaine préparation d'enterrement, je me donnerais le droit d'influencer davantage le choix des familles...

 

Publié dans Vie pastorale

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